À Bagré, la terre est pour Issaka SANGO bien plus qu’un outil de production : elle est devenue au fil des années une véritable source d’opportunités et de réussite. Producteur semencier depuis 2004 et président de l’Union régionale des producteurs semenciers du Nakambé, il consacre aujourd’hui plus de 300 hectares à la production semencière, principalement de riz et de maïs, mais aussi de soja. À la faveur de la campagne agricole 2026-2027, il partage son regard sur l’évolution de la production semencière, les difficultés auxquelles les producteurs sont confrontés et les perspectives du secteur dans le Nakambé. Fort de son expérience, il invite surtout la jeunesse burkinabè à considérer l’agriculture non seulement comme un métier, mais aussi comme une véritable opportunité d’entreprendre et de réussir.

Issaka SANGO, admirant son champ de semence de maïs
1. À ce stade de la campagne, quelle lecture faites-vous de l’évolution de la physionomie des exploitations agricoles dans votre région ?
La campagne se présente assez bien, même si son démarrage a été tardif et que nous avons connu des poches de sécheresse. En ce début du mois de septembre, l’état végétatif des cultures est assez satisfaisant. Nous enregistrons encore des pluies et si cette tendance se poursuit jusqu’en octobre, nous espérons obtenir de bons rendements.
- Quel impact le démarrage tardif de la campagne a-t-il eu sur les activités de production semencière ?
Le démarrage tardif a effectivement eu un impact. À cette période de l’année, le maïs est encore au stade de levée, alors que, normalement, il devrait être beaucoup plus avancé, voire proche de la maturité. La région enregistre des poches de sécheresse qui nuisent au développement des plants. De même, le démarrage tardif de la campagne nous a contraints à revoir le choix des variétés à produire afin de nous adapter aux conditions de la saison. Cette année, nous avons opté de produire du riz de la variété FKR19 et Orylux au détriment de la TS2 et du Gambiaka. L’objectif était de mieux nous adapter aux conditions agro-climatiques de la campagne agricole.
- En tant que président régional des producteurs semenciers, quels sont les objectifs de production pour le Nakambé cette année ?
Pour cette campagne agricole, les prévisions de la région du Nakambé sont d’environ 3 500 tonnes de semences, toutes spéculations confondues. Cependant, compte tenu de la situation actuelle de la campagne marquée par la rareté des pluies, nous pensons que les rendements pourraient être légèrement inférieurs à ceux de la campagne précédente.
- Face au changement climatique, quels sont les avantages de l’utilisation des semences certifiées par les producteurs agricoles ?
Avec les changements climatiques, les producteurs doivent nécessairement s’adapter en accordant une importance aux semences améliorées certifiées. Nous disposons de variétés de semences à cycles précoces. Si les producteurs adoptent les variétés adaptées aux conditions agro-climatiques de leur localité, ils pourront accroître les rendements agricoles.
- Quelles sont les principales difficultés auxquelles les producteurs semenciers du Nakambé sont confrontés ?
Cette année, la principale difficulté est liée à l’installation tardive de la saison et aux poches de sécheresse que vivent pratiquement tous les producteurs de notre pays. Et cela n’est pas sans conséquence sur le développement des plants.
- Qu’en est-il de l’accès aux intrants et au financement de la campagne agricole ?
Cette année, nous avons bénéficié d’un accompagnement important de la part de l’UNPS-B notamment pour l’accès aux intrants agricoles. L’État a également fait des efforts à travers les communes en mettant des engrais à la disposition des producteurs. Beaucoup ont ainsi pu bénéficier de ces accompagnements pour démarrer et poursuivre leur production. Mais nous souhaitons davantage disposer d’infrastructures d’irrigation à haut débit afin de mieux faire face aux poches de sécheresse. Nous souhaitons également un meilleur accès au financement. Les banques proposent des financements, mais les procédures sont souvent longues et difficiles. Il faudrait donc faciliter l’accès des producteurs au crédit à temps afin qu’ils puissent entamer sereinement la campagne agricole.
- En tant que producteur modèle, quel appel avez-vous à l’endroit de la jeunesse afin de l’emmener à s’intéresser davantage à l’agriculture ?
J’invite la jeunesse à revenir à la terre car l’agriculture est un métier d’avenir. La terre peut véritablement permettre à la jeunesse de construire son avenir et de devenir autonome. Personnellement, si on me donnait aujourd’hui un billet d’avion pour aller vivre en Amérique ou en Europe, je n’irais pas. Je sais que l’on peut réussir au Burkina Faso lorsqu’on sait bien exploiter les opportunités que notre terre nous offre. De nos jours, je vis bien grâce à l’agriculture et cela me permet de m’occuper convenablement de ma famille. Aujourd’hui, j’affirme que la terre m’a tout donné. C’est la raison pour laquelle je crois profondément au potentiel de l’agriculture et à la capacité de la terre à offrir des moyens de subsistance à ceux qui la travaillent. J’invite donc la jeunesse burkinabè à s’investir davantage dans l’agriculture. Je le dis haut et fort, il ne faut jamais avoir honte d’être agriculteur. La terre ne ment pas et le travail paie toujours.
Propos recueillis par le Service de Communication de l’UNPS-B
